Dans la rue, le dédale. les hommes marchent, les masques tombent. La charpente des passants crisse lentement sur le béton.

Ces centaines de visages ont tous une trame commune. Certains sont identiques, nous en sommes des copies. Ici la dame, la le Pierrot, les pleurs, la rage, la joie, le rire... Au fond le visage des passants réssusciterait la verve antique.

La Comedia italienne marque leurs traits de son blason. Elle est l'étendard du clown libre. Elle admoneste l'hystrion.

Eh toi le comédien qui insulte et réprouve ! Toi qui provoque, toi qui révoque le sort du batonnier du jour ! Obeis au bon interprète, remet ton masque, reviens en scène car l'épuisement du mauvais jeu accable la plume du poète.

Et les rues parisiennes sont comme de mauvaises pièces. elles comblent l'amateur pour briser le génie. Elles s'immolent sous le feu de toutes ces utopies qu'elles avalent et recrachent au son des autolibs.

Petites mains que nous sommes récupérons les cendres de ces poussières d'aubes gâchées, de ces idées jetées au vent. Le nuage gris là les balaie. Elles vagabondent dans l'air mystique. Attendons la fougue de jeunesse pour ranimer leur hystérie

Je cherche un lieu. Pour me mettre debout, je cherche un lieu. Pour investir le temps, je cherche un lieu. Mais les topoï croisés ont déjà tous leurs maitres et leurs traces sont indélébiles.

Il ait des lieux de toutes natures. Ils sont la nature de leur maitre. Certains sont vides, neutres, à demi explorés. D'autres sont le vernis du masque qu'on voulait porter.

Se méfier des lieux vides. Se méfier des lieux pleins. Mais il existe des espaces où ces élucubrations s'évaporent, où le topos et le monarque ont mutuellement gouverné, que tous les pas des vagabonds ont parfois même colonisé et qui restent la marque d'un empire salvateur.

Ces lieux sont occupés mais ils accueillent le peuple. Ils honorent le métissage en gardant l'essence d'origine. Ils sont les clés universelles quand d'autres foisonnent de vérous. Ils vous laissent l'accès grand ouvert, comme une allégeance éternelle.

Ces lieux ont des propriétaires ou non, ils sont des relais de passage dans cette immense cartographie que sont les topoï des grands sages.

Je cherche un lieu. Pour me mettre debout, je cherche un lieu. Pour investir le temps, je cherche un lieu. J'investirais des traces d'espaces en devenir, des endroits transmués, hybrides, assymétriques. Je les habiterais pour quelques heures propices avant qu'elles prêtent serment à d'autres drôles d'artistes.

Voyage en mer

la mer est vide.

Je cherche L’île aux morts, les grands explorateurs, tous les conquistadors, les flottes carthaginoises.  On m’avait dit tu te battras, comme tant d’autres hier, au combat corps à corps de l’homme et de la mer. Mais mes seuls assaillants sont au fond des marées. Plus personne ne craint l’onde, elle sert à naviguer.  Pas un homme à la mer. Les temps ont bien changé. Il parait qu’autrefois, on les y balançait.

Je pense à la terre de feu, aux récits de voyage darwiniens, à ces espèces aux noms latins que plus aucune lèvre de prononce.

La touche marine s’est épaissie. On dirait du Van Gogh. Mais les nuances sont uniformes, deux cent huit miles de monochrome. Ici, les couleurs dansent, sans forme, en soi. Le bleu clapote, inspire, expire. Il fait le ballet des sept voiles.

Dans son museum naturel, Dieu aperçoit cette œuvre immense. Ici, l’abstraction est née avec des millénaires d’avance. Les couleurs en soi ondulent. Elles s’écaillent sous le joug du vent. Dessous, des litres de peintures et une ancre de chine qui pend.

Les vikings sont morts. Je fredonne leur chant guerrier. O songeons à la masse d’hommes que ces mers ont noyé. 9 nœuds. L’honneur est sauf. Allons rejoindre la terre ferme.

Le retour brutal à l’inertie est contrebalancé par la vitesse du train. Sur le quai, mes jambes tanguent. C’est ce qu’on appelle le mal de terre. Les rails usés imitent le roulement des vagues. Le goudron valse. C’est à peine perceptible. Et très progressivement, la vitesse remplace la vitesse. Le bateau se transmue en un navire de terre, vulgaire tgv, direction Paris. 

Levez l’ancre. Bordez la grande voile. Choquez le génois. Laissez la molle. On va mouiller en corps mort. Ecoutilles. Vent apparent. Vent réel. Balancine. Cabestan. Va et vient. Interdit au mouillage, avec cette leçon marine de morale : « on ne peut pas mouiller n’importe où ». Je saurais m’en rappeler

Mes pas réclamaient le voyage.

Ils quémandaient un lieu où les histoires se croisent,

Où surgissent tour à tour retrouvailles et départs.

 

Armée d'un daguerréotype du XXIe siècle,

J’étais la fille des rues, des quais, la voleuse d'histoires

Qui garde les adieux sur une image inerte,

Qui condamne l'homme qui court à ne pas franchir les portes,

Qui sépare les enfants et les pères de famille

Par un clic qui résonne comme un tir d'arme blanche.

 

Ô décomposition des histoires les plus nobles,

Qu’il me faut revoiler

Par des clichés qui mentent.

Voyage en mer

la mer est vide.

Je cherche L’île aux morts, les grands explorateurs, tous les conquistadors, les flottes carthaginoises.  On m’avait dit tu te battras, comme tant d’autres hier, au combat corps à corps de l’homme et la mer. Mais mes seuls assaillants sont au fond des marées. Plus personne ne craint l’onde, elle sert à naviguer.  Pas un homme à la mer. Les temps ont bien changé. Il parait qu’autrefois, on les y balançait.

Je pense à la terre de feu, aux récits de voyage darwiniens, à ces espèces aux noms latins que plus aucune lèvre de prononce.

La touche marine s’est épaissie. On dirait du Van Gogh. Mais les nuances sont uniformes, deux cent huit miles de monochrome. Ici, les couleurs dansent, sans forme, en soi. Le bleu clapote, inspire, expire. Il fait le ballet des sept voiles.

Dans son museum naturel, Dieu aperçoit cette œuvre immense. Ici, l’abstraction est née avec des millénaires d’avance. Les couleurs en soi ondulent. Elles s’écaillent sous le joug du vent. Dessous, des litres de peintures et une ancre de chine qui pend.

Les vikings sont morts. Je fredonne leur chant guerrier. O songeons à la masse d’hommes que ces mers ont noyé. 9 nœuds. L’honneur est sauf. Allons rejoindre la terre ferme.

Le retour brutal à l’inertie est contrebalancé par la vitesse du train. Sur le quai, mes jambes tanguent. C’est ce qu’on appelle le mal de terre. Les rails usés imitent le roulement des vagues. Le goudron valse. C’est à peine perceptible. Et très progressivement, la vitesse remplace la vitesse. Le bateau se transmue en un navire de terre, vulgaire tgv, direction Paris. 

Levez l’ancre. Bordez la grande voile. Choquez le génois. Laissez la molle. On va mouiller en corps mort. Ecoutilles. Vent apparent. Vent réel. Balancine. Cabestan. Va et vient. Interdit au mouillage, avec cette leçon marine de morale : « on ne peut pas mouiller n’importe où ». Je saurais m’en rappeler

Et puisque tout doit se transmettre, transmettons mieux.

Ces forêts généalogiques ont un noyau commun, amas de gènes humains aux multiples variables, ADN collectif, atomes légués, génome scellé. Nous sommes l'espèce et le blason, l'outil d'une nouvelle hécatombe.

On m'avait dit tu choisiras le bon côté de l'héritage. Tu pourras peut-être libre si tu décides de prendre les armes. Mais les cartes sont battues, Amor Fati, echec et mat. Accepte le poids des descendances. C'est que tu en gardes la trace.

Et qu'Eluard scande encore le bienheureux "J'écris ton nom" quand les images dorées, quand les armes des guerriers, quand la couronne des rois sont impuissantes à témoigner.

La guillotine rie près du choeur. C'est l'éclat des engrenages. On aperçoit des interstices dans ce fumier de dépeçage.

C'est la seule marge de liberté, aime ton destin, bâtit demain le ciment d'une desendance libre, soit le premier maillon d'érain. Tu pensais être  seul réceptacle d'un mode de vie vaguement choisi. Pourtant il laissera sa marque : l'entaille de l'épigénétique.

Construis leur empire par le tien, désacralise ta jeune carcasse, responsabilise ta praxis, tu es leur seul ennemi commun.